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La perception visuelle au Maroc, est-elle myope ?
Bien que le Maroc connaisse un engouement sans précédent pour les NTIC, bien que les chaines satellitaires aient élu domicile dans chacun des foyers de notre pays, bien que le web ait donné un véritable coup de fouet à l’image en la faisant passer du statut analogique à celui interactif…, l’impact de l’icône au Maroc reste , en général assez faible. Où se situe le flou ? Que faut-il prendre en compte pour redonner vue et regard à l’image au Maroc ?
Dans l’état actuel des choses, l’image parait à faible impact sur le grand public. A entendre par l’image celle dite reproductive : fixe, de mouvement ou interactive.
Si dans le monde occidental l’image est au cœur de la vie de l’individu, fait la Une, provoque des réactions de masse, nourrit l’imaginaire du collectif, véhicules des valeurs, façonnent la pensée et les actes, chez nous elle reste peu influente. Est-ce que cela signifie que l’intérêt pour l’image n’existe pas ?
L’industrie de l’image au Maroc a connu un développement énorme depuis pas mal d’année. Mis à part les différents problèmes dont souffre ce secteur, force est de constater que le professionnalisme est de mise. Les procédés et les techniques de production sont à l’image de ce qui se fait dans les pays développés. Seulement voilà, le travail de l’amont dépend de l’accueil de l’aval. Et l’aval de «l’œil spectateur» n’est pas une mince affaire !
Le créateur se frotte la tête, le spectateur les yeux !
Si le créateur se donne toutes les peines du monde pour trouver une image innovante, originale, efficace et efficiente, en se remuant les méninges sans cesse et en adoptant un ensemble d’approches techniques pour y arriver, un seul coup furtif suffit à «l’œil» pour évaluer l’intérêt d’une image et décider de la regarder, ou simplement la voir, ou faire comme si de rien n’était.
Pour cela, l’œil fait un balayage (scanning) court ou long (selon notre imagerie mentale), pour ensuite s’intéresser à la «recréation» de l’image. Une phase de construction des sens commence dès l’accroche. Une perception (acquisition d’un sens global par l’œil) suivi d’une attitude mentale plus motivée pour la construction d’un ou des sens. C’est la phase de la représentation qui conditionne celle de la « recréation » propre. Celle-ci obéit à des opérations psychiques bien plus complexes que la simple perception de l’image par un simple acte de «voir».
L’attitude de l’œil-spectateur est un facteur déterminant dans l’impact de l’image. A ce titre il est intéressant de signaler que face à une image, notre activité rétinienne ne représente que 20% de celle du cortex visuel. En effet, les 4/5 de ce qu’une cellule CGL (Corps Grenouillé Latéral) voit défiler viennent des autres régions du cerveau. Cela veut dire que le regard et l’impact qu’il peut déclencher, ne dépendent pas uniquement de la vision. Ce qu’on expose à son regard n’est pas tributaire exclusivement de la matérialité de l’image.
Détour de rappel
Difficile de se hasarder plus loin avant de faire un rappel épistémologique, certes succinct et simpliste, mais qui a toute son importance.
Pour cerner la notion du mot image, de manière didactique, disons qu’elle est de deux types : mentale et perceptive.
Celle mentale relève de tout processus entrepris par le cerveau afin de représenter, en recourant à la mémoire ou à l’imagination, une certaine réalité et ce, sans stimulus visuel externe de l’instant. Cela revient à dire que la perception n’est pas sollicitée. Cela ne veut pas dire non plus que le stimulus, ou l’image mentale entière, ne soit pas lié à un visuel déjà emmagasiné dans le cerveau.
Cette image mentale se veut consciente ou inconsciente.
Consciente, elle touche toutes nos images de mémoire. Celles qu’on a perçues ; déconstruites (décodés) et reconfigurées (recrées) pour les besoins (désirs, attentes,.. ;) du moment. Cette image mentale consciente est le champ occupé par notre culture générale, notre perception visuelle et notre aptitude à regarder. C’est elle qui régit le regard chez l’homme.
Celle inconsciente est encore plus profonde. Elle embrasse nos rêves, nourrit nos fantasmes, alimente nos délires, etc. Elle trouve ses origines dans tout ce que notre cerveau a pu emmagasiner par perception et reconstruit volontairement ou inconsciemment. L’image mentale inconsciente a le privilège d’être incontournable. Elle vient à sa guise et disparait quand cela lui chante.
Les images perceptives quant à elles sont celles qui naissent chez l’homme par le biais d’un stimulus visuel. Depuis notre premier regard de bébé. Elles sont dites naturelles ou reproduites.
Par image naturelle, on entend toute l’activité imageante de notre cerveau. Autrement dit, la vision. Celle-ci se développe chez nous dès notre naissance. Elle obéit à une activité neuronale très complexe.
L’image matérielle, dite aussi de représentation, concerne tout ce que le cerveau emmagasine en tant qu’images : dessins rupestres, photos, vidéos, images numériques, télévisées, etc. C’est cette image dont on déplore la faiblesse de l’impact au sein de la société marocaine.
En effet, pour qu’il y ait impact, il ne suffit pas seulement que l’image soit techniquement et/ou artistiquement parfaite. L’activité rétinienne comme on l’a vu plus haut ne représente que 20% de l’activité imageante chez l’homme. D’autres facteurs intramuros à l’individu doivent être pris en compte.
Comment le Marocain «recrée» une image ?
Dans la mesure où le regard est d’abord le reflet de l’individu lui même, quelle part est réservée à la connaissance de cet individu bien peu particulier : le Marocain ? L’image qu’on expose à son regard partage avec lui ses projections, ses codes culturels, etc.? Autrement dit, est-ce que le créateur obéit juste à la temporalité du regard (il compose une communication iconique qui sera «lue» et fait donc fi de l’étape de la perception) ou prend-il en compte l’aménagement de canaux communs avec le spectateur pour déclencher cette perception et accrocher le regard (représentation) dans une perspective «récréative»?
La simple question «comment un marocain lit une image publicitaire ?», est une problématique qui pourrait faire l’objet de recherches dans différentes disciplines au sein de nos universités. Hélas, la culture de l’image n’est pas encore une priorité dans le secteur de l’éducation, ni l’objet de recherches scientifiques dignes du nom. Les ouvrages qui existent sur l’image au Maroc, surtout pour un secteur aussi névralgique que la publicité, se comptent sur le bout des doigts.
Pour synthétiser, disons que l’impact que doit avoir l’image de reproduction au Maroc, ne dépend pas uniquement du processus de production, ni des systèmes, ni des concepts normatifs ou autres outils techniques. Elle est aussi tributaire de facteurs mentaux fort complexes et intrinsèques au Marocain. Ce sont ces facteurs qui «conditionnement» les trois étapes auxquelles recourt chaque individu doué d’une aptitude cognitive: la perception, la représentation et la recréation du (ou des) sens.
Tags : maroc, regard, mentale, perception, image
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Commentaires
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